La flamme a touché ta peau. L'encre pénètre l'épiderme.
Nous y voilà, la douleur s'installe.
Faible tout d'abord, l'esprit s'habitue à la lame, les yeux ouverts, les lèvres décontractées. Tu veux croire à des instants paisibles...
Le temps s'écoule, épicé de saveurs lointaines.
Les mains agiles se mouvent sur cette surface clémente, y déposent une marque de feu, indélébile.
Quelques gouttes de soulagement, rire doré.
Puis le rythme s'accélère, l'aiguille se fait plus poignante, plus agressive, et les premières contractions du souffle se font sentir.
Ton visage se ferme, les yeux clos, les lèvres crispées. Tu comprends que l'épreuve sera dure. De plus en plus fort, je te vois souffrir comme jamais. Ta vie de petite fille s'achève dans une respiration que tu dois contrôler.
Je ne sais que faire en ces instants de douleur. Je connais ce mal, il a traversé mon corps en des temps éloignés. Mais que faire pour toi ? Alors que tout mon être veut t'aider, partager cette souffrance avec toi, je suis comme paralysée devant ton visage.
Si beau, si sombre.
Je n'ose entrer en contact avec toi, alors mon œil parcours ton corps, s'approche plus près que quiconque auparavant, dégustant la moindre parcelle, absorbant le moindre flux. Jamais mon regard n'a connu plus pure mélodie.
Les pores blancs font maintenant place à de noirs espaces, la chair rougit de plaisir et de souffrance, elle s'ouvre à cette encre étrangère pour lui faire une place en son sein. Bientôt elle l'acceptera définitivement, fusionnant dans une danse infinie.
Je pleure devant tant de beauté, mes lèvres n'aspirant qu'à embrasser ta peau. Pour la soulager, pour lui donner de l'énergie, pour goûter son doux parfum.
Je reprends du courage pour te supporter. Pour te porter dans cette épreuve.
Profitant d'une main ouverte qui réclame de l'aide, j'y glisse mes doigts en guise de présent, le plus modeste que je puisse te faire, le seul qui pourrait te soulager.
Et tu l'acceptes, faiblement d'abord, puis t'y sentant à ton aise, en uses à tes besoins.
Je veux croire que cela te fait du bien, que tu y puisses de la force, car mon être faiblit. Mais mon esprit tient bon, pour toi, pour ton combat intérieur.
Tu es si belle en ces instants.
Toujours clos, tes yeux m'attirent, toujours fermées, tes lèvres m'appellent. Je n'ai jamais eu autant envie de les embrasser. Je ne t'ai jamais autant aimer qu'en cet instant.
A-t-on jamais aimé quelqu'un plus intensément ?
Je ne puis le croire...
De nouveau les gouttes caressent tes plaies, cette fois elles se font acide, corrosives.
La fin approche, mais tu n'y crois plus, tu es déjà loin. Je ne te laisserai pas te perdre, c'est une promesse.
Ma main retiendra ton âme. Mon esprit apaisera ton corps.
Toujours, je serais là.
Le vent souffle du plus profond de mes entrailles.
Sens-tu cette brise légère qui appelle à la rêverie ?
Lentement les ailes se déploient dans mon dos.
Elles sont prêtes à s’ouvrir, à révéler leur potentiel.
Une pulsation, puis une autre.
Portée par cette soif d’ailleurs, mes pieds se décrochent du sol.
Je m’envole.
Je suis un être d’ici, je suis un être de nulle part.
Qu’une mélodie me plaise et me voilà partie.
Battement de cil, je ne suis déjà plus là.
Ne me suis pas, je ne laisserai pas de trace.
Que des notes sur une partition invisible que seuls mes doigts pourront parcourir.
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